Une Roche qui a beaucoup à dire

Pour paraphraser Maurice Mattauer dans son livre « ces roches qui nous parlent », je dirai que, sur l'arête Sud-Ouest du Chenaillet, quelques roches ont beaucoup à nous dire, si nous les observons en détail.

C'est le cas de la roche ci-dessous :


Ce gabbro (Gb) contient 3 petites enclaves d'amphibolite (A) et est coupé par un filon de basalte (B)

Cette roche est un gabbro à pyroxène et plagioclase, non déformé, à texture ophitique. Quelques cristaux noirs d'amphibole montrent que cette roche a été légèrement métamorphisée au cours de son refroidissement comme nous l'avons décrit par ailleurs.

Le gabbro contient 3 enclaves d'une roche foliée. Dans celle-ci, la foliation est marquée par une amphibole noire ; le minéral en forme d'amande remplace un pyroxène magmatique au cours d'une déformation contemporaine du métamorphisme de ride.

Dans le gabbro, les pyroxènes magmatiques gris sont rarement partiellement transformés en amphibole noire

Le minéral blanc est du plagioclase. La roche est une amphibolite (on peut l'appeler également gneiss amphibolitique), produit de la déformation et du métamorphisme de ride d'un gabbro.

Un filon basaltique d'une quarantaine de centimètres de large recoupe à la fois le gabbro et l'amphibolite.

Cet affleurement permet de réaliser un bel exercice détaillé de chronologie relative :

L'amphibolite, en enclaves dans le gabbro, est la première roche à se former. Il s'agit d'un métagabbro qui a été métamorphisé et déformé avant d'être arraché par le magma à l'origine du gabbro hôte. L'amphibolite était fracturée et a été incorporée en 3 morceaux. Le gabbro hôte est lui-même métamorphisé à son tour. L'intrusion du filon basaltique qui recoupe à la fois le gabbro et l'amphibolite est le dernier événement.

L'intérêt de cette roche dépasse le simple exercice de chronologie relative et montre la complexité de détail de la chronologie des événements dans cette ophiolite du Chenaillet.

En effet, cette roche témoigne de la mise en place d'une première lentille gabbroïque qui est déformée et métamorphisée lors de son refroidissement. Cette lentille, plus ou moins refroidie, est incorporée dans une autre poche magmatique qui se refroidit et est métamorphisée à son tour. Le filon basaltique scelle cette histoire et confime que ce(s) métamorphisme(s) est (sont) bien contemporain(s) de la formation de la lithosphère océanique.

Dans les rides lentes, la production magmatique est faible et épisodique. La croûte océanique est discontinue : les masses de gabbros se mettent en place par étape dans le manteau. Par voie de conséquence, l'apport thermique, directement lié à la mise en place épisodique des gabbros, est discontinu et localisé. Le métamorphisme océanique qui en résulte n'est pas un processus continu et général, mais il est le résultat de la juxtaposition d'événements localisés.

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